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Le Simon peut-il développer le sens du rythme chez les personnes qui se disent incapables de danser ?

"Je n'ai aucun rythme", "je suis incapable de danser", "je suis nul en musique" : ces affirmations sont parmi les plus répandues, et presque toujours fausses. La quasi-totalité des humains possèdent un sens rythmique de base, simplement plus ou moins développé et plus ou moins consciemment exploité. Le Simon, ce jeu de séquences lumineuses et sonores, impose un tempo précis, des durées de note et des silences à reproduire. En jouant régulièrement, peut-on réveiller un sens du rythme que l'on croyait absent ?

Le Simon est un jeu rythmique qui s'ignore

On présente souvent le Simon comme un jeu de mémoire pure, mais c'est aussi un jeu profondément rythmique. Chaque séquence n'est pas seulement une suite de couleurs : c'est une suite de sons espacés dans le temps, avec une durée et un intervalle réguliers. Reproduire la séquence ne demande pas seulement de retenir l'ordre des couleurs, mais aussi de respecter le tempo imposé par la machine.

Cette dimension rythmique est centrale. Un joueur qui appuie trop vite ou trop lentement perd le fil de la séquence, parce que la régularité temporelle fait partie intégrante du motif à mémoriser. Le Simon entraîne donc, sans le dire, la capacité à percevoir et reproduire des intervalles de temps réguliers, ce qui est précisément la base du sens rythmique. Cette imbrication entre mémoire et tempo est explorée dans l'analyse du rôle du rythme et de la musique dans les scores au Simon.

Pourquoi tant de gens se croient arythmiques

L'arythmie totale, l'incapacité réelle à percevoir un tempo, est extrêmement rare et porte un nom : l'amusie. La grande majorité des gens qui se disent incapables de danser ne souffrent d'aucun trouble : ils manquent simplement d'entraînement et de confiance. Ils n'ont jamais consciemment exercé leur perception du tempo, et l'idée reçue qu'on a le rythme ou qu'on ne l'a pas les a découragés d'essayer.

Le sens du rythme se cultive comme toute autre compétence. Un cerveau qui n'a jamais été sollicité pour suivre un tempo régulier sera moins habile qu'un cerveau entraîné, mais il n'est pas dépourvu de la machinerie nécessaire. Le Simon offre un terrain d'entraînement à la fois ludique et sans enjeu social : personne ne vous regarde danser, vous reproduisez simplement une séquence. Cette absence de jugement lève le frein principal qui bloque les supposés arythmiques.

L'entraînement implicite du tempo

Quand on joue au Simon, on n'a pas conscience de travailler son sens du rythme, et c'est précisément ce qui rend l'apprentissage efficace. Le cerveau intègre la régularité temporelle des séquences sans effort volontaire, par simple exposition répétée. Au bout de plusieurs sessions, le joueur anticipe naturellement le moment où le prochain son va survenir. Cette anticipation temporelle est le coeur du sens rythmique.

Cet apprentissage implicite est plus solide que l'apprentissage explicite, parce qu'il s'inscrit dans la mémoire procédurale, celle des gestes automatiques. Une fois le tempo intégré dans cette mémoire du corps, il devient disponible dans d'autres contextes, y compris la danse ou le simple fait de taper du pied en rythme. Ce transfert vers la mémoire du corps est documenté dans l'étude des bienfaits cognitifs du Simon sur la mémoire.

Du tempo perçu au tempo produit

Le sens du rythme comporte deux versants : percevoir un tempo et le produire. Beaucoup de gens perçoivent très bien la pulsation d'une musique mais ont du mal à la reproduire avec leur corps. Le Simon travaille les deux versants à la fois. Le joueur écoute la séquence, donc il perçoit le tempo, puis il la reproduit en appuyant sur les couleurs, donc il le produit. Cette boucle perception-production est exactement ce qui manque aux personnes qui se croient incapables de danser. Cette primauté de l'oreille sur l'oeil rejoint l'idée développée dans le Memory sonore, quand les oreilles remplacent les yeux.

En répétant cette boucle des centaines de fois, le joueur renforce la connexion entre ce qu'il entend et ce que fait sa main. Cette coordination audio-motrice est la même que celle qui permet de synchroniser ses pas sur une musique. Entraînée au Simon avec les doigts, elle peut ensuite se transférer aux pieds sur une piste de danse, parce que le mécanisme cérébral sous-jacent est identique.

Le rôle des silences

Un détail souvent négligé : le rythme n'est pas fait que de sons, mais aussi de silences. Au Simon, l'intervalle entre deux signaux fait partie du motif autant que les signaux eux-mêmes. Apprendre à respecter ces silences, à ne pas appuyer trop tôt, c'est apprendre une dimension essentielle du rythme musical, celle de la pause et du contretemps.

Les personnes qui dansent mal ont souvent tendance à anticiper, à bouger avant le temps, par anxiété ou par excès d'énergie. Le Simon les oblige à attendre, à respecter la durée du silence avant le prochain coup. Cet apprentissage de la patience rythmique est précieux, car il corrige précisément le défaut le plus courant chez les supposés arythmiques : la précipitation.

Les limites du transfert

Il faut rester honnête sur les limites. Jouer au Simon ne fera pas de vous un danseur accompli. La danse mobilise tout le corps, l'espace, la relation à un partenaire, l'expression, autant de dimensions que le jeu ne touche pas. Le Simon entraîne une brique fondamentale, la perception et la production d'un tempo régulier, mais il ne remplace pas la pratique de la danse elle-même.

Ce que le Simon peut offrir, en revanche, c'est de débloquer la croyance limitante. En constatant qu'il est capable de reproduire des séquences rythmées de plus en plus complexes, le joueur découvre qu'il a bien un sens du rythme. Cette prise de conscience, à elle seule, peut suffire à lever l'inhibition qui l'empêchait d'essayer de danser. Le bénéfice est autant psychologique que cognitif.

Bilan

Oui, le Simon peut contribuer à développer le sens du rythme chez les personnes qui se croient incapables de danser, parce qu'il entraîne discrètement la perception du tempo, sa reproduction, le respect des silences et la coordination entre l'oreille et le geste. Il ne fabrique pas des danseurs, mais il réveille une compétence rythmique souvent endormie plutôt qu'absente.

Si vous faites partie de ceux qui répètent ne pas avoir le rythme dans la peau, essayez quelques sessions de Simon en vous concentrant non sur les couleurs mais sur le tempo des sons. Vous découvrirez peut-être que votre arythmie supposée n'était qu'un manque d'entraînement, et que la pulsation que vous croyiez incapable de suivre était là, prête à être réveillée.

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