Le Memory est-il bon pour le cerveau ? Ce que dit la science
On entend souvent que les jeux de mémoire « font travailler le cerveau ». Mais au-delà du cliché, le Memory a-t-il vraiment des effets mesurables sur nos capacités cognitives ? Les neurosciences se sont penchées sur la question, et les réponses sont encourageantes.
La mémoire de travail visuo-spatiale
Quand vous jouez au Memory, votre cerveau mobilise principalement la mémoire de travail visuo-spatiale. C'est cette forme de mémoire qui vous permet de retenir l'emplacement d'un objet que vous venez de voir. « Le chat était en haut à droite, le papillon en bas au milieu » : ce type d'information est stocké dans ce que les chercheurs appellent le calepin visuo-spatial, un composant clé de la mémoire de travail.
Des études publiées dans des revues de neuropsychologie ont montré que la pratique régulière de tâches de mémoire visuo-spatiale - comme le Memory - améliore significativement les performances dans ce domaine. L'effet est particulièrement marqué chez les enfants et les personnes âgées.
Concentration et attention sélective
Le Memory n'entraîne pas seulement la mémoire. Il exige une attention soutenue et une attention sélective. Pendant une partie, vous devez :
- Observer attentivement chaque carte retournée, même quand c'est l'adversaire qui joue.
- Filtrer les informations non pertinentes (les cartes déjà trouvées) pour vous concentrer sur celles qui restent.
- Maintenir votre attention sur de longues périodes, surtout sur les grilles de grande taille.
Cette sollicitation répétée de l'attention est exactement ce que les neuroscientifiques recommandent pour renforcer les circuits attentionnels. C'est d'ailleurs un point commun entre le Memory et d'autres jeux de réflexion comme le Démineur, où chaque clic demande une concentration intense.
Neuroplasticité : le cerveau qui s'adapte
Le concept central derrière les bienfaits du Memory est la neuroplasticité : la capacité du cerveau à se réorganiser en créant de nouvelles connexions neuronales. Chaque fois que vous jouez, vous renforcez les voies neuronales impliquées dans la reconnaissance visuelle, la localisation spatiale et la récupération en mémoire.
Des recherches menées par imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle) ont révélé que les joueurs réguliers de jeux de mémoire présentent une activité accrue dans l'hippocampe - la région du cerveau cruciale pour la formation des souvenirs - et dans le cortex préfrontal, siège de la planification et de la prise de décision.
Ce n'est pas propre au Memory : tout jeu qui sollicite régulièrement des facultés cognitives contribue à cette plasticité. Mais le Memory a l'avantage d'être accessible à tous les âges et de cibler spécifiquement la mémoire, sans les barrières d'entrée que peuvent avoir les jeux de logique plus complexes.
Un allié contre le déclin cognitif
Chez les seniors, les jeux de mémoire font partie des activités recommandées par les gériatres pour ralentir le déclin cognitif lié à l'âge. Plusieurs études longitudinales ont montré que les personnes qui pratiquent régulièrement des activités de stimulation mentale ont un risque réduit de développer des troubles cognitifs.
Le Memory présente un avantage particulier dans ce contexte : il ne nécessite aucune compétence préalable, aucune connaissance culturelle et aucune maîtrise technologique avancée. C'est un exercice cérébral qui ne ressemble pas à un exercice - et c'est précisément pour cela qu'on le pratique régulièrement.
Pourquoi les enfants battent les adultes
Un phénomène fascinant du Memory : les jeunes enfants surpassent souvent les adultes. Ce n'est pas un mythe. Plusieurs études ont confirmé cet effet, et l'explication est liée au fonctionnement même du cerveau.
Les enfants, en particulier entre 4 et 8 ans, ont une mémoire visuelle à court terme extrêmement performante. Leur cortex préfrontal, encore en développement, ne filtre pas autant les informations que celui des adultes. Résultat : ils « absorbent » les images sans les analyser outre mesure. Là où un adulte essaie de créer des associations logiques (« le chat est à côté du soleil »), l'enfant retient simplement l'image et sa position. Cette approche plus directe est paradoxalement plus efficace au Memory.
C'est d'ailleurs ce qui rend le mode tour par tour si intéressant en famille : les enfants y participent sur un pied d'égalité, voire avec un avantage.
Stratégies de mémorisation
Jouer au Memory régulièrement amène naturellement à développer des stratégies de mémorisation qui sont utiles bien au-delà du jeu :
- L'association spatiale - Associer chaque symbole à une zone de la grille plutôt qu'à une position exacte.
- Le balayage systématique - Explorer la grille dans un ordre précis plutôt qu'au hasard.
- La répétition mentale - Se répéter intérieurement les positions des cartes vues.
- Le regroupement - Mémoriser les cartes par blocs de 3-4 plutôt qu'individuellement.
Ces techniques sont identiques à celles qu'utilisent les mnémonistes professionnels pour mémoriser des listes, des visages ou des nombres. Le Memory constitue donc, sans que l'on s'en rende compte, un entraînement aux méthodes de mémorisation avancées.
Combien de temps faut-il jouer ?
Les études suggèrent qu'une pratique régulière et modérée est plus bénéfique qu'une session marathon occasionnelle. Jouer 10 à 15 minutes par jour, quelques fois par semaine, suffit pour observer des améliorations mesurables de la mémoire de travail en quelques semaines.
Le défi du jour est conçu exactement dans cet esprit : une partie quotidienne, calibrée, qui prend quelques minutes et offre un objectif concret. C'est l'idéal pour transformer le jeu en habitude bénéfique, au même titre qu'une grille de sudoku ou de mots croisés le matin.
Alors, le Memory est-il bon pour le cerveau ? La science répond oui - à condition d'y jouer régulièrement. Et le meilleur dans tout ça, c'est qu'on n'a jamais l'impression de « travailler ».