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Le Simon révèle-t-il comment le code des couleurs guide nos décisions au quotidien ?

Quatre couleurs. Rouge, vert, bleu, jaune. Depuis sa création en 1978, le Simon utilise ce quatuor chromatique pour tester votre mémoire séquentielle. Mais pourquoi ces quatre couleurs précisément ? Et que nous révèle notre façon de les mémoriser sur la manière dont les couleurs guident - souvent inconsciemment - nos décisions et comportements au quotidien ?

Pourquoi rouge, vert, bleu, jaune ?

Le choix des couleurs du Simon n'était pas anodin. Ralph Baer et Howard Morrison, ses inventeurs, ont sélectionné des couleurs présentant un maximum de contraste visuel entre elles, faciles à distinguer pour la grande majorité des joueurs (y compris ceux ayant une vision des couleurs atypique pour les plus courantes des daltonismes), et culturellement universelles. Ces quatre couleurs sont parmi les plus fondamentales du spectre visible dans presque toutes les langues humaines étudiées.

Mais il y a plus : ces couleurs correspondent à des associations symboliques extrêmement fortes dans nos sociétés. Le rouge pour le danger ou l'urgence, le vert pour la validation ou l'autorisation, le bleu pour la sérénité ou l'information, le jaune pour l'attention ou la prudence. Ces associations ne sont pas universelles (elles varient selon les cultures), mais dans les marchés cibles du Simon des années 1970-1980, elles étaient dominantes.

La mémoire des couleurs n'est pas neutre

Au Simon, tous les joueurs ne mémorisent pas les quatre couleurs avec la même facilité. Des études menées avec des versions expérimentales du jeu montrent que les séquences comportant beaucoup de rouge tendent à être moins bien retenues que les séquences dominées par le bleu ou le vert. Ce n'est pas lié à la visibilité des couleurs : c'est lié à leur charge émotionnelle.

Le rouge active des zones du cerveau associées à l'alerte et au stress léger. Une séquence comportant beaucoup de rouge génère une micro-réponse de vigilance qui peut paradoxalement perturber l'encodage en mémoire de travail - cette même mémoire dont dépend entièrement votre performance au Simon. C'est un exemple fascinant de la façon dont la couleur influence notre cognition sans que nous en ayons conscience.

Le code des couleurs dans notre environnement quotidien

Le Simon, dans sa simplicité, est un miroir de quelque chose de beaucoup plus vaste : l'omniprésence du codage par couleur dans notre vie quotidienne. Feux tricolores, panneaux de signalisation, interfaces numériques, emballages alimentaires, codes de danger sur les produits chimiques, graphiques boursiers - nous naviguons constamment dans un monde où la couleur encode de l'information que nous décodons instantanément, souvent sans y penser.

La rapidité de ce décodage est précisément ce que le Simon sollicite. Quand le rouge s'allume, vous ne "lisez" pas "rouge" mentalement - vous le traitez directement, presque réflexivement. C'est la même voie cérébrale qui vous fait appuyer sur le frein avant même d'avoir consciemment vu le feu rouge passer.

Quand les couleurs court-circuitent la mémoire

Une expérience classique en psychologie cognitive, l'effet Stroop, montre que le cerveau traite automatiquement la signification d'une couleur, au point que ce traitement automatique peut interférer avec une tâche délibérée. Écrire le mot "rouge" en bleu crée une interférence mesurable : le cerveau doit inhiber activement l'information automatique (bleu) pour produire la réponse correcte (rouge).

Au Simon, ce phénomène joue différemment mais réellement. Les associations symboliques de chaque couleur peuvent créer de légères "attentes" sur ce qui devrait venir ensuite dans une séquence - attentes que le jeu ne respecte évidemment pas, puisque les séquences sont générées aléatoirement. Quand vos attentes sont déçues, votre mémoire de travail doit corriger l'erreur d'anticipation, ce qui coûte de la ressource cognitive et peut provoquer des erreurs.

Les joueurs qui atteignent les hauts scores au Simon ont souvent développé une forme de neutralisation de ces associations : ils traitent les couleurs comme de pures formes sans contenu symbolique, comme des chiffres arbitraires. Notre article sur la mémoire procédurale au Simon décrit comment ce passage du traitement symbolique au traitement automatisé est la clé des meilleures performances.

Les couleurs et la mémoire sensorielle : au-delà du Simon

Le Simon est unique parmi les jeux de mémoire en ce qu'il associe systématiquement couleur et son. Chaque couleur a sa propre tonalité, et cette association bimodale est précisément ce qui rend le Simon plus mémorisable qu'un jeu de couleurs seules. Le cerveau encode mieux les informations quand elles arrivent par plusieurs canaux sensoriels simultanément.

C'est le même principe qui explique pourquoi nous retenons mieux une chanson qu'un texte lu, ou pourquoi les cartes géographiques colorées sont plus mémorables que les cartes en noir et blanc. La couleur n'est pas seulement un code visuel : elle s'accroche à des émotions, des sons, des textures. Au Simon, le rouge ne sonne pas comme le bleu - et cette différence sonore ancre la couleur dans la mémoire bien plus efficacement qu'un stimulus visuel seul.

Des jeux comme le Memory mobilisent des mécanismes similaires. L'article sur la synesthésie au Memory explore comment associer des couleurs à des images peut booster la mémorisation - une technique qui s'appuie sur les mêmes principes que la conception originale du Simon.

Le Simon comme entraînement au décodage des couleurs

Jouer régulièrement au Simon pourrait-il améliorer votre capacité à décoder rapidement des codes couleur dans d'autres contextes ? La réponse est prudemment positive. L'entraînement répété à associer des couleurs à des actions motrices spécifiques (appuyer sur le bon bouton) renforce les circuits neuronaux responsables du traitement visuel rapide et de la réponse motrice associée.

Des opérateurs de systèmes complexes (pilotes, contrôleurs aériens, opérateurs de centrales) bénéficient d'entraînements qui ressemblent structurellement au Simon : reconnaître des signaux colorés et y répondre correctement sous pression temporelle. Ce n'est pas un hasard si des versions militarisées du principe Simon ont été explorées comme outils d'évaluation des temps de réaction cognitifs.

Le Simon, en somme, n'est pas seulement un jeu de mémoire séquentielle. C'est un laboratoire miniature qui révèle, à chaque séquence, comment nos cerveaux sont encodés pour répondre aux couleurs - souvent de façon bien plus complexe et émotionnelle que nous ne l'imaginons.

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