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Le Simon joué en associant chaque couleur à un parfum d'huile essentielle ouvre-t-il une mémoire multisensorielle inédite ?

Quatre petites fioles d'huile essentielle alignées à côté du clavier. Lavande pour le bleu, citron pour le jaune, menthe poivrée pour le vert, rose de Damas pour le rouge. À chaque fois que la couleur correspondante s'allume sur l'écran, le joueur respire brièvement le parfum associé. Cette pratique, exigeante mais accessible, transforme radicalement l'expérience cognitive du Simon. Elle ouvre une dimension olfactive qui n'existe pas dans la version classique et dont les bénéfices mémoriels peuvent surprendre.

L'odorat : une voie privilégiée vers la mémoire

L'odorat occupe une position particulière dans l'architecture cérébrale. Contrairement aux autres sens qui passent par le thalamus avant d'atteindre les régions de traitement supérieur, l'odorat est directement connecté aux régions limbiques, notamment l'hippocampe et l'amygdale. Cette connexion directe explique pourquoi les odeurs déclenchent des souvenirs si vivaces et si chargés émotionnellement.

Pour le Simon, qui mobilise principalement la mémoire des séquences, l'ajout d'une dimension olfactive enrichit considérablement le réseau neuronal mobilisé. Là où la mémorisation classique active les régions visuelles et auditives, la mémorisation multisensorielle ajoute le circuit limbique. Cette diversification des canaux mémoriels produit une fixation plus profonde et plus durable.

La synesthésie volontaire

Premier intérêt de cette pratique : elle simule une synesthésie volontaire entre couleurs et odeurs. Les vrais synesthètes, qui perçoivent automatiquement des couleurs en sentant des odeurs ou inversement, possèdent une mémoire associative remarquablement riche. Leurs souvenirs se ramifient sur plusieurs canaux sensoriels et résistent mieux à l'oubli.

Cette dimension prolonge notre exploration de la synesthésie au Simon entre couleurs et sons. Mais l'olfaction ajoute une couche que le son ne fournit pas, parce qu'elle convoque l'émotion. Une séquence Simon associée à des parfums devient une mini-narration sensorielle, dont chaque étape est marquée non seulement par sa couleur et son son, mais aussi par une charge émotionnelle propre à l'odeur.

L'apprentissage des associations

Premier obstacle pratique : le cerveau doit apprendre les correspondances couleur-parfum. Pendant les premières sessions, cette association consciente prend des ressources attentionnelles et ralentit la mémorisation des séquences. Cette phase d'apprentissage dure typiquement une semaine de pratique régulière.

Une fois l'association maîtrisée, elle devient automatique. Le bleu évoque immédiatement la lavande, le jaune le citron, sans effort conscient. À ce stade, le bénéfice de la pratique commence à se manifester. La mémorisation des séquences devient plus solide parce qu'elle s'appuie sur deux canaux complémentaires plutôt qu'un seul.

L'amplification émotionnelle

Deuxième mécanisme à l'œuvre : l'amplification émotionnelle. Chaque huile essentielle a une signature émotionnelle particulière. La lavande apaise, le citron stimule, la menthe rafraîchit, la rose émeut. Cette palette émotionnelle se superpose à l'arrivée des couleurs et marque émotionnellement chaque étape de la séquence.

Les souvenirs émotionnellement chargés se mémorisent mieux et plus longtemps que les souvenirs neutres, comme l'a documenté de longue date la psychologie cognitive. Une séquence Simon classique est largement neutre émotionnellement. Une séquence parfumée devient émotionnellement riche, ce qui améliore directement la qualité de la mémorisation.

Le piège de la saturation olfactive

Attention cependant à un risque majeur : la saturation olfactive. Le système olfactif humain s'adapte rapidement aux odeurs persistantes. Au bout de quelques minutes d'exposition continue, les parfums deviennent imperceptibles. Cette habituation peut saboter la pratique si on ne prend pas de précautions.

Pour éviter la saturation, il faut respirer brièvement chaque huile uniquement quand sa couleur apparaît, en gardant les fioles fermées entre les présentations. Une bonne ventilation de la pièce aide aussi à renouveler l'air entre les séquences. Sans ces précautions, le bénéfice olfactif s'évanouit après cinq minutes et la pratique devient une routine sans effet.

Le choix des huiles essentielles

Tous les parfums ne se valent pas pour cet usage. Il faut choisir des huiles essentielles aux signatures olfactives très distinctes les unes des autres, pour que le cerveau les différencie sans hésitation. Quatre familles bien tranchées fonctionnent généralement mieux : une fleurale (lavande, rose), une zestée (citron, orange), une herbacée (menthe, romarin), une boisée (cèdre, encens).

L'association couleur-parfum doit aussi avoir une cohérence sensorielle intuitive : une odeur fraîche pour une couleur froide, une odeur chaleureuse pour une couleur chaude. Cette cohérence facilite l'apprentissage des associations et évite la dissonance cognitive qui ralentirait la mémorisation. La menthe verte pour le vert, la rose rouge pour le rouge, le citron jaune pour le jaune : ces associations naturelles sont presque transparentes à apprendre.

Le transfert vers d'autres jeux de mémoire

Cinquième dimension intéressante : la compétence multisensorielle développée par cette pratique se transfère à d'autres tâches mémorielles. Le Memory, par exemple, peut bénéficier d'associations similaires entre images et odeurs. La mémorisation de listes ou de numéros peut s'enrichir des mêmes ancrages.

Cette dimension rejoint notre analyse de l'effet d'une odeur de cannelle sur la mémorisation au Memory. L'utilisation consciente du canal olfactif est un outil puissant et largement sous-exploité. Le Simon devient une porte d'entrée privilégiée pour découvrir cette dimension et apprendre à l'utiliser dans d'autres contextes mémoriels.

Une pratique exigeante mais transformatrice

Cette pratique demande un investissement initial : acheter quatre huiles essentielles de qualité (entre 30 et 60 euros au total selon les choix), prendre le temps d'apprendre les associations, accepter une période d'adaptation. Cet investissement peut sembler important pour un jeu en apparence anodin, mais le bénéfice durable justifie largement la mise.

Beaucoup de joueurs qui ont adopté cette pratique décrivent un avant et un après. Avant, le Simon était une activité visuelle et auditive simple. Après, il devient une expérience sensorielle riche, presque méditative, où chaque séquence raconte une histoire olfactive. Cette transformation qualitative ne peut pas se mesurer en nombre de couleurs mémorisées, mais elle s'inscrit dans la mémoire de manière durable. Les souvenirs olfactifs sont parmi les plus longs à s'effacer, et les séquences parfumées du Simon laissent dans l'esprit du joueur une trace que les versions classiques n'inscrivent jamais. Ce gain qualitatif est peut-être le bénéfice le plus précieux de cette pratique exigeante mais transformatrice.

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