Le Memory peut-il aider les enfants dyslexiques à mieux mémoriser ?
La dyslexie concerne une part non négligeable des enfants scolarisés. On la présente souvent comme un trouble de la lecture (ce qu'elle est), mais ce raccourci masque une réalité plus nuancée : la dyslexie s'accompagne le plus souvent de difficultés phonologiques, c'est-à-dire dans le traitement et la mémorisation des sons du langage. En revanche, la mémoire visuelle de ces enfants est souvent préservée. Et c'est là que le Memory peut trouver sa place.
Dyslexie et mémoire : séparer le vrai du faux
Un enfant dyslexique n'a pas une mauvaise mémoire en général. Il a le plus souvent une mémoire phonologique fragile, ce qui complique l'apprentissage des correspondances lettre-son et ralentit l'automatisation de la lecture. Mais sa mémoire visuelle, sa mémoire spatiale et sa mémoire épisodique (les souvenirs d'événements vécus) fonctionnent souvent normalement.
Cette asymétrie est importante : l'enfant dyslexique peut s'appuyer sur des canaux non verbaux. Les images, les positions dans l'espace, les motifs visuels sollicitent d'autres ressources que celles que la dyslexie fragilise.
Le Memory comme entraînement du canal visuel fort
Le Memory est par essence un jeu de mémoire visuelle et spatiale. Pour réussir, un joueur doit encoder l'image d'une carte, mémoriser sa position sur le plateau, et reconstituer cette information plusieurs tours plus tard. Aucune phonologie là-dedans.
Pour un enfant dyslexique, c'est une double occasion :
- Jouer sur son point fort. Le Memory met en avant une compétence sur laquelle il n'est pas désavantagé, sans lecture ni consigne écrite.
- Retrouver confiance. Dans un contexte scolaire où il est souvent en difficulté, voici un jeu où il peut briller. Cette réussite n'est pas anecdotique : l'estime de soi compte beaucoup chez les enfants qui vivent des échecs répétés à l'école.
Ce que la recherche dit, et ne dit pas
Il faut être clair : rien n'indique qu'entraîner la mémoire visuelle améliore la lecture. Les travaux sur l'entraînement de la mémoire de travail montrent surtout des progrès dans les exercices pratiqués, avec peu d'effet démontré sur la lecture elle-même. Ce qui fait progresser en lecture, c'est d'abord le travail ciblé mené avec l'orthophoniste.
Le jeu de mémoire fait en revanche partie des supports ludiques que l'on peut utiliser avec des enfants, par exemple pour travailler l'attention sélective et la capacité à garder plusieurs informations en tête, dans un cadre détendu.
Un Memory fait maison avec des mots
Avec des cartes en carton, on peut aussi fabriquer un Memory où chaque paire associe une image et un mot (par exemple, un dessin de chat et le mot « chat »). L'enfant revoit alors des mots familiers à de nombreuses reprises, dans un cadre de jeu plutôt que d'exercice.
Les modèles de la lecture distinguent la voie phonologique (déchiffrer le mot son par son) et la voie lexicale (reconnaître directement un mot connu). Un tel jeu ne remplace pas le travail de décodage, mais il peut compléter, de façon détendue, ce qui est fait en séance ou en classe. Mieux vaut en parler à l'orthophoniste, qui saura dire si et comment l'utiliser.
Memory en ligne et dyslexie : avantages et précautions
Le Memory en ligne présente quelques avantages pour les enfants dyslexiques. Les cartes sont des images, sans texte à lire. On joue à son rythme. Il n'y a pas de regard adulte qui juge, pas de comparaison immédiate avec les camarades.
Quelques précautions cependant :
- Préférer des grilles adaptées à l'âge - ni trop petites (pas assez stimulantes) ni trop grandes (surcharge cognitive qui décourage).
- Ne pas mettre l'accent sur le chronomètre pour les plus jeunes : la pression du temps peut créer une anxiété qui gâche le plaisir et la concentration.
- Alterner avec d'autres jeux pour maintenir la motivation : la nouveauté entretient l'intérêt.
Un outil parmi d'autres, pas une solution miracle
Le Memory ne guérit pas la dyslexie. Aucun jeu ne le fait. La prise en charge orthophonique reste indispensable, et le suivi spécialisé irremplaçable. Mais le Memory peut trouver sa place dans le quotidien d'un enfant dyslexique : comme source de plaisir sans mise en échec, et comme jeu qui s'appuie sur une capacité que ses difficultés n'ont pas touchée.
D'autres jeux de mémoire non verbaux peuvent compléter cette approche. Le Simon, par exemple, entraîne la mémoire séquentielle visuelle et auditive dans un format différent - une diversification utile pour ne pas créer de routine trop monotone.
Les parents et les enseignants qui cherchent à soutenir un enfant dyslexique sans transformer chaque moment en exercice scolaire trouveront dans le Memory un jeu simple, qui peut compléter le travail fait avec les professionnels.
En résumé
Le Memory s'appuie sur la mémoire visuelle et spatiale, deux capacités que la dyslexie affecte rarement. Pour un enfant dyslexique, c'est un jeu où il peut réussir, qui sollicite son attention et sa mémoire de travail, et qui peut l'aider à reprendre confiance. Ce n'est pas un traitement de la dyslexie : c'est un complément accessible et agréable.