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Histoire du Gomoku : du Japon d'Edo aux championnats du monde

Le Gomoku est un jeu d'alignement né sur le plateau du jeu de Go : deux joueurs y posent des pierres noires et blanches, et le premier qui en aligne cinq gagne. Son nom et ses règles actuelles viennent du Japon. Son origine lointaine, elle, n'est pas documentée : ce guide s'en tient à ce que les sources permettent d'affirmer, et le dit quand elles se contredisent.
Nom japonais Renju nommé en 1899 Fédération fondée en 1988 Résolu en 1993
Jouer au Gomoku

Des origines qu'on ne sait pas dater

Aligner des pions sur un quadrillage est une idée si simple qu'elle a dû naître plusieurs fois. Il suffit d'un plateau de Go et de ses pierres pour y jouer, et le jeu de Go est pratiqué en Chine depuis plus de deux mille ans : il est donc plausible qu'on ait aligné des pierres sur ce plateau très tôt.

Mais plausible ne veut pas dire attesté. On lit un peu partout que le Gomoku aurait « plus de 4 000 ans », ou qu'il serait arrivé au Japon à telle date précise. Ces affirmations circulent sans référence à un texte ou à un objet datés, et les récits ne s'accordent pas entre eux. Nous ne les reprenons pas.

Au Japon, à l'époque d'Edo

Les traces sûres sont japonaises. D'après les éléments rassemblés par Wikipédia en anglais, le jeu est signalé au Japon au milieu du XVIIIe siècle, à l'époque d'Edo ; des livres lui sont consacrés vers 1850, et le plus ancien ouvrage vérifiable, un recueil de débuts de partie, date de 1856.

Le nom est japonais lui aussi. Gomoku abrège gomokunarabe : go, cinq ; moku, le mot qui sert à compter les pierres ; narabe, aligner. Le jeu se jouait alors sur le plateau de Go, qui compte 19 lignes sur 19.

Ailleurs en Asie, le même jeu porte d'autres noms : wuziqi en Chine, omok en Corée, cờ ca-rô au Vietnam.

L'arrivée en Europe

Le jeu arrive en Grande-Bretagne au XIXe siècle sous le nom de « Go Bang », déformation du japonais goban, qui désigne le plateau. En France, on y joue surtout sur une feuille quadrillée, avec des croix et des ronds, sous le nom de morpion : mêmes règles, sans le plateau.

1899 : le Renju, pour corriger l'avantage des noirs

À force de jouer, les joueurs japonais constatent un défaut : celui qui commence gagne trop souvent. Le jeu sérieux s'organise autour de ce problème et prend en 1899 le nom de Renju, que l'on traduit par « perles enfilées ». Les sources ne s'accordent pas sur l'auteur du nom : Wikipédia l'attribue au journaliste Kuroiwa Ruikō, un manuel diffusé par la fédération internationale à un lettré nommé Kobayashi.

Le même manuel raconte la suite. Pour rétablir l'équilibre, on réduit d'abord le plateau, de 19 à 15 lignes. On essaie ensuite de restreindre les premiers coups des noirs, sans succès durable. On leur interdit alors le double-trois, puis, sur la proposition d'un maître japonais, le double-quatre et les lignes de six pierres ou plus. D'après ce manuel, les règles modernes du Renju sont adoptées au Japon en 1936.

Retiens l'ordre des événements, parce qu'il est souvent raconté à l'envers : les coups interdits du Renju datent du début du XXe siècle. Ils sont nés de l'expérience des joueurs, plusieurs décennies avant que les ordinateurs ne démontrent quoi que ce soit.

1988 : une fédération internationale

Le jeu de compétition sort du Japon dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment vers la Suède et l'Union soviétique. La Renju International Federation (RIF) est fondée à Stockholm en 1988. Elle organise des championnats du monde de Renju tous les deux ans depuis 1989, année de la première édition, à Kyoto.

Le Gomoku sans coups interdits a aussi ses championnats du monde, sous l'égide de la même fédération : deux éditions en 1989 et 1991, jouées avec une règle qui limitait les premiers coups des noirs, puis une longue interruption.

1993 : l'ordinateur confirme

En 1993, trois chercheurs travaillant aux Pays-Bas, Victor Allis, Jaap van den Herik et Matty Huntjens, démontrent avec leur programme Victoria ce que les joueurs japonais affirmaient depuis longtemps : sur un plateau de 15 lignes sur 15, sans règle d'ouverture, les noirs gagnent s'ils jouent parfaitement. En 2001, un résultat analogue est publié pour le Renju sans règle d'ouverture. Le détail est dans notre guide Le Gomoku est-il résolu ?

2009 : Swap2 relance le Gomoku de compétition

Les championnats du monde de Gomoku reprennent en 2009 avec une nouvelle règle d'ouverture, Swap2 : un joueur pose les trois premières pierres, l'autre choisit sa couleur ou en ajoute deux et rend le choix. Plus personne ne peut s'attribuer à la fois la position et la couleur qui gagnent. Le règlement précise aussi qu'il faut exactement cinq pierres : une ligne de six ne gagne pas. Les variantes du Gomoku sont comparées dans un guide à part.

Côté machines, les programmes de Gomoku s'affrontent chaque année depuis 2000 au tournoi Gomocup.

Les dates à retenir

DateÉvénement
XVIIIe sièclele jeu est signalé au Japon, à l'époque d'Edo
1856plus ancien livre vérifiable consacré au jeu
XIXe sièclearrivée en Grande-Bretagne sous le nom de Go Bang
1899adoption du nom Renju au Japon
1988fondation de la Renju International Federation à Stockholm
1989premiers championnats du monde de Renju et de Gomoku
1993démonstration de la victoire des noirs en Gomoku sur 15×15
2001démonstration analogue pour le Renju sans règle d'ouverture
2009reprise des championnats du monde de Gomoku, avec Swap2

Le Gomoku aujourd'hui

Le jeu se pratique désormais aussi en ligne, où une partie se lance en quelques secondes. Sur ce site, tu peux jouer contre l'ordinateur sur cinq niveaux, à deux sur le même écran, ou contre un ami avec un simple code de quatre lettres, en règle libre comme en règle de compétition. Les règles du Gomoku tiennent en une page.

Questions fréquentes

Sources

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