Gomoku et jeu de Go : les différences
Le tableau comparatif
| Gomoku | Jeu de Go | |
|---|---|---|
| But | aligner cinq pierres | entourer plus de territoire que l'adversaire |
| Plateau | 15 lignes sur 15 (225 intersections) | 19 lignes sur 19 (361 intersections) ; 9 ou 13 lignes pour débuter |
| Prises | aucune : une pierre posée reste | une pierre ou un groupe entièrement encerclé est retiré |
| Fin de partie | dès qu'un alignement de cinq apparaît | quand les deux joueurs passent ; on compte alors les points |
| Passer son tour | non | oui |
| Qui commence | les noirs | les noirs |
| Compenser l'avantage du premier | règle d'ouverture Swap2, en compétition | komi : des points donnés aux blancs |
| Résolu par ordinateur | oui, sur 15×15 sans règle d'ouverture (1993) | non |
Ce que les deux jeux ont en commun
Le matériel, et presque rien d'autre. Dans les deux cas, on pose les pierres sur les intersections et non dans les cases, les noirs commencent, et une pierre posée ne se déplace jamais. Le mot goban désigne le plateau dans les deux jeux.
Ce cousinage a une raison historique : le Gomoku s'est d'abord joué sur le plateau de Go, avec ses pierres. Le nom japonais complet, gomokunarabe, veut simplement dire « cinq pierres alignées ». L'histoire du Gomoku est racontée dans un guide à part.
Le but : une ligne contre un territoire
Au Gomoku, tout se ramène à une ligne. La partie peut basculer en un coup : une double menace, et c'est fini. On calcule des suites courtes et forcées, du type « je fais un quatre, il doit parer là, je fais un trois ouvert ici ».
Au Go, aucune pierre ne gagne seule. On délimite des zones, on les défend, on les réduit, et la partie se termine par un décompte. Une erreur coûte le plus souvent quelques points, pas la partie sur-le-champ. Le Go demande d'évaluer des positions calmes sur tout le plateau ; le Gomoku, de voir une combinaison avant l'autre.
Les prises : le Gomoku n'en a pas
Au Go, chaque pierre a des libertés, les intersections vides qui la touchent. Une pierre ou un groupe dont toutes les libertés sont occupées par l'adversaire est capturé et retiré du plateau. De là viennent les notions les plus fines du jeu : groupes vivants ou morts, et la règle du ko, qui interdit de recréer une position précédente.
Rien de tout cela au Gomoku. Une pierre posée ne quitte jamais le plateau, et être entouré n'a aucune conséquence. Un joueur de Go qui découvre le Gomoku doit oublier ce réflexe : une pierre isolée au milieu des pierres adverses n'est pas en danger, elle est seulement inutile si elle ne sert aucune ligne.
Le plateau : 15 lignes ou 19 ?
Le Go se joue sur 19 lignes sur 19, et sur 9 ou 13 lignes pour apprendre. Le Gomoku s'est joué à l'origine sur ce même plateau de 19 lignes ; les règlements de compétition actuels retiennent 15 lignes sur 15, soit 225 intersections, et c'est le plateau de ce site.
Peut-on jouer au Gomoku sur 19 lignes ? Oui, les règles ne changent pas, et certaines variantes le font encore, comme l'Omok coréen. Deux choses à savoir. D'abord, les bords comptent moins : sur un grand plateau, une ligne trouve presque toujours la place de s'étendre. Ensuite, cela n'aide pas les blancs : les auteurs de la démonstration de 1993 rapportent l'avis de joueurs japonais selon lequel un plateau plus grand accroît encore l'avantage des noirs.
L'avantage de celui qui commence
Dans les deux jeux, jouer en premier est un avantage, et chacun l'a corrigé à sa façon.
- Au Go, les blancs reçoivent des points de compensation, le komi : 6,5 points dans les règles japonaises et coréennes, 7,5 dans les règles chinoises. Le demi-point empêche l'égalité.
- Au Gomoku, il n'y a pas de points à donner. La compétition utilise donc une règle d'ouverture, Swap2 : un joueur pose les trois premières pierres, l'autre choisit sa couleur ou en ajoute deux et rend le choix. Le Renju, lui, interdit certains coups aux noirs. Les deux solutions sont comparées dans le guide des variantes du Gomoku.
Les ordinateurs : un jeu résolu, l'autre non
La différence de taille entre les deux jeux se mesure. On dénombre environ 2 × 10170 positions légales au Go sur 19 lignes ; pour le Gomoku sur 15 lignes, l'estimation est d'environ 10105 positions.
Le Gomoku a été résolu en 1993 : sans règle d'ouverture, les noirs gagnent s'ils jouent parfaitement (voir Le Gomoku est-il résolu ?). Le Go ne l'est pas. Les machines y dominent pourtant les humains depuis 2016, quand le programme AlphaGo a battu le Coréen Lee Sedol par quatre victoires à une : jouer mieux que tout le monde ne veut pas dire connaître la partie parfaite.
Passer de l'un à l'autre
Si tu viens du Go, tu connais déjà le plateau et tu sais lire quelques coups à l'avance. Il te reste à apprendre les formes propres au Gomoku (trois ouvert, quatre, doubles menaces) et à accepter qu'une partie se perde en un coup d'inattention. Le guide Stratégie au Gomoku les montre sur le plateau.
Si tu viens du Gomoku et que le Go t'intrigue, sache que presque tout sera nouveau : le Gomoku habitue au matériel et à l'idée de menace, pas au territoire ni aux prises. Les deux jeux se complètent plus qu'ils ne se préparent l'un l'autre.
Et si tu veux simplement jouer tout de suite, les règles du Gomoku s'apprennent en une minute.
Questions fréquentes
Sources
- Wikipédia en anglais, articles Go (game) (règles, komi, nombre de positions légales), Gomoku et Game complexity (estimation pour le Gomoku, d'après la thèse d'Allis, 1994).
- Renju International Federation, règlement du Gomoku : renju.net/gomokurules.
- L. V. Allis, H. J. van den Herik et M. P. H. Huntjens, « Go-Moku and Threat-Space Search », 1993 (plateau de 19 lignes, avantage des noirs).